Après la proclamation de Lons Le Saulnier, le 14 Juin 1815 (que vous pouvez retrouver sur la note suivante : http://equentric.noosblog.fr/ney/2006/03/le_14_mars_1814.html), les troupes du Maréchal Ney et de Napoléon, vont se rejoindre à Auxerre le 18 Mars 1815.
Contrairement à bien des idées reçues, contrairement aussi à la regretable fiction de France2, l'entrevue d'Auxerre, n'est pas une opposition entre deux armées, celle du Roi (dirigée par Ney), et celle de Napoléon remontant de Golfe Juan.
NON, Ney n'a pas ordonné le feu sur les troupes de son Ex-Empereur.
NON, les troupes de Ney, n'ont pas refusé de lui obéir.
Et surtout, NON, Ney se s'est pas jeté aux pieds de Napoléon pour lui demander de le pardonner.
Voici ce qu'il s'est réellement passé :
Les deux hommes se sont rencontrés à huit clos. Et aucune opposition n'a eu lieu entre les deux armées. De part la confidentialité de la rencontre, les témoignages divergent. En voici quelques uns présentés du plus favorable au Maréchal Ney jusqu'au plus critique.
Le Maréchal Ney, lui même, prétendra lors de son procès, avoir dit : "Je ne suis pas venu vous rejoindre par attachement ou considération pour votre personne. Vous avez été le tyran de ma patrie, vous avez porté le deuil dans toutes les familles... Jurez-moi que vous ne vous occuperez à l'avenir qu'à réparer les maux que vous avez causés à la France".
Henry Houssaye soutient que Ney se serait contenté de dire, plus modérément : "Je vous aime bien, sire, mais la patrie avant tout ! Votre Majesté est sûre que nous la soutiendrons, car avec de la justice, on fait des français tout ce que l'on veut.... mais il ne faut plus songer aux conquêtes, il ne faut plus songer qu'au bonheur de la France...".
Selon Vaulabelle et Fleury de Chaboulon, l'entrevue se déroula ainsi :
"Napoléon - Embrassez-moi, mon cher maréchal. Je suis bien aise de vous revoir. Je n'ai pas besoin d'explication ou de justification. Je vous ai toujours estimé et honoré comme le brave des braves.
Ney - Sire, les journaux ont avancé une foule de mensonges que je voulais détruire. Ma conduite a toujours été celle d'un bon français et d'un bon soldat.
Napoléon - Je le sais. Aussi n'ai-je jamais douté de votre dévouement.
Ney - Vous avez eu raison, Sire. Votre Majesté pourra toujours compter sur moi quand il s'agit de la patrie. Car c'est pour la patrie que j'ai versé mon sang, et c'est encore pour elle que je suis prêt à la verser jusqu'à la dernière goutte. Je vous aime Sire, mais la patrie avant tout. Avant tout.
Napoléon - C'est le patriotisme qui me ramène en France. J'ai su que la patrie était malheureuse, et je suis venu pour la délivrer des émigrés et des Bourbons. Je lui rendrai tout ce qu'elle attend de moi. Il faut que notre triomphe soit pur comme la cause que nous servons."
L'entrevue selon Adolphe Thiers, inconditionnel notoire de Napoléon :
"Ney s'approche, déployant le papier qu'il veut lire, justifiant son attitude depuis Fontainebleau en 1814 jusqu'à Lons le Saunier. Napoléon l'interrompt en lui ouvrant les bras.
"Vous n'avez pas besoin d'excuses. Votre excuse, comme la mienne, est dans les événements qui ont été plus forts que les hommes. Mais ne parlons plus du passé et nous ne nous en souvenons que pour mieux nous comporter dans l'avenir."
Ney aurait voulu ajouter quelque chose aux déclarations de Napoléon, car elles comprenaient tout ce qui était désirable et précisaient mieux qu'il n'aurait su le faire les besoins du moment. Pourtant, il répéta à sa manière tout ce qu'il venait d'entendre, afin de pouvoir au moins se vanter de l'avoir dit, et Napoléon l'écouta sans peine, parce que ce n'était que la répétition de ses propres pensées précédemment exprimées."
Dans tous les cas, on est bien loin ici des fantasmes des réalisateurs de fictions TV. Il faudrait peut être un jour que le simple mot de "fiction", n'autorise pas ces gens peu scrupuleux à diffamer nommément des personnages historiques. Certes, le maréchal Ney ne possède plus d'héritiers pour défendre sa mémoire. Mais cela autorise t-il pour autant un pareil révisionnisme ?!
Pensez-y en tous cas, si vous êtes contraints de regarder cette fiction de Yves Simoneau, médiocrement interprétée par Christian Clavier. Certes, cela est distrayant, mais ne prenez absolument aucun passage pour argent comptant.
Pourquoi pas, tant qu'on y est, Dany Boon dans le rôle du Maréchal Ney qui enfile un K-Way ... au moins ça serait drôle ...
PS: un grand merci au forum Napoléon1er.org pour ces informations détaillées sur l'entrevue d'Auxerre.
Dernière minute : je vais prochainement vous proposer un extrait de la fiction de France2, pour vous montrer par l'image la création complète du scène purement fictive. Ainsi vous pourrez juger, connaissant maintenant le vrai scénario de cette entrevue du 18 Mars 1815.
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