Après Kowno
Le séjour à kowno ne fût pas de tout repos. Après avoir rassemblé 300 allemands pour reconstituer une arrière garde de fortune, le Maréchal Ney voit l'officier qu'il commande se suicider après avoir eu la jambe fracassée par un boulet. Toute l'arrière garde, horrifiée, fuit précipitement.
Dans une réaction épique dont il est le seul capable,le maréchal Ney s'élance face aux milliers de cosaques, seul avec 4 hommes et seulement muni d'un fusil. Ce geste héroïque émeut les quelques fuyards français restants et ceux ci reviennent combattre auprès de leur maréchal.
Ne cédant du terrain que pas à pas, dos au fleuve niemen, Ney protège les derniers instants de la retraite.
Mais leurs souffrances touchent-elles à leur termes ? Enfin un peu de repos pour tous ces braves ?
Laissons pour une dernière fois la parole au comte de Ségur ...
Au coin du bois
Il était huit heures du soir quand il (NDLR:Ney) parvint sur la rive alliée. Alors voyant la catastrophe accomplie, Marchand repoussé jusqu'à l'entrée du pont, et la route de Vilkowisky que suivait Murat toute couverte d'ennemis, il se jeta à droite (NDLR : vers le sud), s'enfonça dans les bois, et disparut.
Murat surpris, l’ennemi hésite
Quand Murat atteignit Gumbinnen, il fut bien surpris d’y retrouver Ney, et d’apprendre que depuis Kowno, l’armée marchait sans arrière garde. Heureusement, la poursuite des Russes, après qu’ils eurent reconquis leur territoire, s’était ralentie. Ils semblèrent hésiter, sur la frontière prussienne, ne sachant s’ils entrerait en alliés ou en ennemis. Murat profita de cette incertitude pour s’arrêter plusieurs jours à Gumbinnen, et pour diriger sur les dernières villes qui bordent la Vistule, les restes des corps.
Murat réunit les chefs et parle
Au moment de cette dislocation de l’armée, il en réunit les chefs. Je ne sais quel mauvais génie l’inspira dans ce conseil. On voudrait croire que ce fut embarras, devant ces guerriers, de la précipitation de la fuite, et dépit contre l’empereur qui lui avait laissé cette responsabilité ; ou bien honte de reparaître vaincu au milieu des peuples les plus opprimés par nos victoires : mais comme ces paroles eurent un bien plus fâcheux caractère, et que de ces actions ne les ont démenties, comme enfin elles furent les premiers symptômes de sa défection, l’histoire ne peut les taire.
La peur de perdre le pouvoir
Ce guerrier, monté sur le trône par le seul droit de la Victoire, revenait vaincu. Dès ses premiers pas sur la terre conquise, il crût toute entière la sentir trembler sous lui, et sa couronne chanceler sur sa tête. Mille fois dans cette campagne, il s’était exposé aux plus grands dangers ; mais lui, qui, roi, n’avait pas craint de mourir comme un soldat d’avant-garde, ne put supporter l’appréhension de vivre sans couronne. Le voilà donc au milieu de ces chefs dont son frère lui a confié la conduite, accusant son ambition, qu’il a partagée, pour s’en absoudre.
Les oreilles de Napoléon sifflent
Il s’écrie « qu’il n’est plus possible de servir un insensé ! Qu’il n’y a plus de salut dans sa cause ; qu’aucun prince de l’Europe ne croit plus à ses paroles, ni à ses traités. Il se désespère d’avoir rejeté les propositions des Anglais ; sans cela, ajout-il, il serait encore un grand roi, tel que l’empereur d’Autriche ou le roi de Prusse. »
Davout réagit
Un cri de Davoust l’interrompit : « le roi de Prusse, l’empereur d’Autriche, lui repart-il brusquement, sont princes par la grâce de Dieu, du temps et de l’habitude des peuples. Mais vous, vous n’êtes roi que par la grâce de Napoléon et du sang français. Vous ne pouvez l’êtes que par Napoléon et en restant uni à la France. C’est une noire ingratitude qui vous aveugle ! »
Les autres se taisent
Et aussitôt il lui déclare qu’il va le dénoncer à son Empereur ; les autres chefs se turent. Ils excusèrent l’emportement de la douleur du Roi, et n’attribuaient qu’à sa fougue inconsidérée, des expressions que le haine l'esprit soupçonneux de Davoust n'avait que trop bien comprises.
Un avant goût de trahison
Murat resta décontenancé ; il se sentait coupable. Ainsi fut étouffée cette première étincelle d’une trahison, qui devait, plus tard, perdre la France. L’histoire n’en parle qu’à regret, depuis que le repentir et le malheur ont égalé le crime.
Une scénette à Gumbinnen
En complément de ce récit du comte de Ségur, citons cette petite anecdote amusante, tirée du hors série N°1 du magazine du consulat et de l’Empire, racontant l’arrivée du Maréchal Ney à Gumbinnen.
Le général Mathieu Dumas (qui n’est pas le père d’Alexandre Dumas), intendant général de la grande Armée, est avec quelques amis dans la maison d’un médecin de Gumbinnen et vient d’achever un déjeuner apprécié après tous ces malheurs La porte s’ouvre, apparaît un homme barbu, la visage noirci, les yeux rouges, dans une redingote brune, sale et déchirée.
"- Me voila enfin ! – Qui êtes-vous donc ? – Eh quoi, général Dumas, vous ne me reconnaissez pas ? J’ai tiré le dernier coup de feu sur le pont de Kowno, j’ai jeté dans le Niemen la dernière de nos armes, et je suis venu jusqu’ici à travers bois"
"Je laisse à penser, rapporte Dumas, avec quel empressement respectueux nous accueillîmes le héros de la retraite"
Merci de votre attenttion
J'aime à penser qu'avec ce feuilleton ainsi que les deux précédentes aventures de Krasnoïé et de la Bérézina, vous comprenez maintenant mieux pourquoi tous s'accordèrent à donner au maréchal Ney, le titre de héros de la retraite de Russie.
Ces trois épisodes sont certainement les plus expressifs de la bravoure que l'on concède unanimement au maréchal Ney. Mais le personnage est plus complexe qu'on aime à le dépeindre. Je projette de vous racontez prochainement de nouveaux moments épiques qui vous feront encore mieux appréhender ce personnage mythique de l'histoire de France.
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