Epilogue
La journée du 28 Novembre 1812, fût donc un horrible carnage pour les civils et traineurs restés du mauvais coté de la rivière Bérésina. Effrayés par le chute de boulets et par les bruits des combats environnents, les traineurs offrèrent un spectacle cruel d'hégoïsme.
Le maréchal Victor, héroïque jusque là, ne va pas pouvoir protéger plus longtemps, la rive Est de la Bérésina. Il prépare son retrait, qui sera sûrement fatidique pour les derniers retardataires ...
Laissons parler le comte de Ségur...
La canon dirigé à l’oreille
La nuit du 28 au 29 vint augmenter toutes ces horreurs. Son obscurité ne déroba pas aux canons des Russes leurs victimes. Sur cette neige qui couvrait tout le cours du fleuve, cette masse toute noire d'hommes, de chevaux, de voitures, et les clameurs qui en sortaient, servirent aux artilleurs ennemis à diriger leurs coups.
Victor se retire
Vers neuf heures du soir, il y eut un surcroît de désolation, quand Victor commença sa retraite, et que ses divisions se présentèrent et s'ouvrirent une horrible tranchée au milieu de ces malheureux, que jusque là, elles avaient défendus.
Les traîneurs refusent de partir
Cependant, une arrière-garde ayant été laissée à Studianka, la multitude engourdie par le froid, ou trop attachée à ses bagages, se refusa à profiter de cette dernière nuit pour passer sur la rive opposée. On mit inutilement le feu aux voitures pour en arracher ces infortunés.
On met le feu au pont
Le jour seul put les ramener tous à la fois, et trop tard, à l'entrée du pont, qu'ils assiégèrent de nouveau. Il était huit heures et demie du matin, lorsque enfin Eble, voyant les Russes s'approcher, y mit le feu. Le désastre était arrivé à son dernier terme. Une multitude de voitures, trois canons, plusieurs milliers d'hommes, des femmes et quelques enfants furent abandonnés sur la rive ennemie.
Le désespoir des oubliés
On les vit errer par troupes désolées sur les bords du fleuve; Les uns s'y jetèrent à la nage, d'autres se risquèrent sur les pièces de glace qu'il charriait; il y en eut qui s’élancèrent tête, baissée au milieu des flammes du pont, qui croula sous eux : brûlés et gelés tout à la fois, ils périrent .par deux supplices contraires.
Ou la résignation
Bientôt on aperçut les corps des uns et des autres s'amonceler et battre avec les glaçons contre les chevalets : le reste attendit les Russes. Wittgenstein ne parut sur les hauteurs qu'une heure après le départ d'Eblé, et sans avoir remporté la victoire, il en recueillit les fruits.
Ceux du bon coté
Pendant que cette catastrophe s'accomplissait les restes de la grande armée ne formaient plus sur l'autre rive qu'une masse informe, qui se déroulait confusément, en s'écoulant vers Zembin. Tout ce pays est un plateau boisé d'une grande étendue ,où les eaux, flottant incertaines entre plusieurs pentes, forment un vaste marécage. L'armée le traversa sur trois ponts consécutifs de trois cents toises de longueur, avec un étonnement mêlé de frayeur et de joie.
Les ponts de Zembin
Ces ponts magnifiques, faits de sapin résineux, commençaient à quelques werstes du passage, Tchaplitz les avait occupés pendant plusieurs jours. Un abatis et des tas de bourrées, d'un bois combustible et déjà sec, étaient couchés à leur entrée, comme pour lui indiquer ce qu'il avait à en faire.
Cela aurait pu être pire
Il n'aurait d'ailleurs fallu que le feu de la pipe de l'un de ses Cosaques pour incendier ces ponts. Des lors, tous nos efforts et le passage de la Berezina eussent été inutiles. Pris entre ces marais et le fleuve, dans un espace étroit, sans vivres, sans abri, au milieu d'un ouragan insupportable, la grande armée et son empereur eussent été forces de se rendre sans combat.
Un bilan contrasté
Dans cette position désespérée, où la France entière, semblait devoir être prise en Russie, où tout était contre nous et pour les Russes, ceux-ci ne firent rien qu'a demi. Kutusof n'arriva sur le Dniepr, à Kopis, que le jour où Napoléon abordait la Bérézina. Wittgenstein se laissa contenir pendant le temps nécessaire. Tchitchakof fut défait; et sur quatre-vingt mille hommes, Napoléon réussit à en sauver soixante mille.
Vous brulêz certainement de savoir ce que sont devenus les protagonistes de ce feuilleton :
Le général Eblé est mort d’épuisement et de ses blessures quelques jours après. La date n’est pas très précise. Il semble qu’il soit mort le 31 décembre 1812, et que sa mort fut apprise par Napoléon le 3 Janvier 1813.
Le comte de Ségur dit à ce sujet : ‘L'hiver, qui nous y avait poursuivis, nous y abandonna tout à coup; en une nuit le thermomètre descendit de vingt degrés. Cette transition subite nous fut fatale. Une foule de soldats et de généraux, que la tension de l'atmosphère avait soutenus jusque là, par une irritation continuelle, s'affaissèrent et tombèrent en décomposition. Lariboissiere, général en chef de l'artillerie, succomba; Eblé, l'honneur de l'armée, le suivit.’
Il meurt à Koenigsberg, en Prusse, quelques jours seulement après le général en chef de l’artillerie, Lariboisière. On venait de lui confier les fonctions de ce dernier.
Le maréchal Victor est ensuite, après la campagne de Russie, le principal artisan de la victoire de Dresde (campagne de Prusse, 1813). Il se distingue une dernière fois pendant la campagne de 1814 en libérant le village de Brienne à la force de la baïonnette. Après l’abdication de Napoléon, Victor offre ses services à Louis XVIII, qui lui confie un commandement et l’élève à la pairie. L’avis de Napoléon à Saint-Hélène, au sujet de Victor … dur… très dur : ‘Le maréchal, duc de Bellune... fut obligé de fuir déguisé et de passer la frontière ...Ce ne fut pas une grande perte pour la France’.
Parlons aussi du malheureux perdant de cette aventure, le général Partouneaux (pas de portrait): Sa défection a été jugée très durement et injustement par l'Empereur, dans son fameux 29ème bulletin de la Grande Armée.
Par la suite Napoléon a eu un jugement plus modéré, car ce général a capitulé après avoir eu 62% de tués. Le général Partouneaux est revenu en France en 1814, après avoir été fait prisonnier.
Au retour des Bourbons, Louis Partouneaux fut nommé commandant de la VIIIeme division militaire à Marseille. Il refusa de soutenir Napoléon aux cents jours, sans doute encore très rancunier du jugement de l’empereur à la Bérézina.
Il aura par la suite une carrière de député jusqu’en 1830. Le nom du général Partouneaux figure sur l'Arc de Triomphe de Paris. Un de ses fils, Maurice de Partouneaux à la tête de la division de Cavalerie du Corps de Canrobert, contribua à la victoire de SOLFERINO sous Napoléon III.
Quant au Maréchal Ney, ses exploits ne sont, évidement, pas encore arrivés à leur terme. Il va se distinguer tous les jours pendant le reste de cette campagne de Russie, avec un point d’orgue, à Kowno, le 12 Décembre 1812.
Mais cela fera sûrement l’objet, d’un autre récit …
Merci d’avoir lu jusqu’au bout ce feuilleton.
Merci aussi au Comte de Ségur pour le riche témoignage qu’est son livre : ‘ Histoire de Napoléon et de la grande armée pendant l’année 1812 ’
En espérant qu’il vous avoir indirectement tenus en halène …









Les commentaires récents