Rédigé le 11/09/2006 à 22:09 dans Kowno | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
Après Kowno
Le séjour à kowno ne fût pas de tout repos. Après avoir rassemblé 300 allemands pour reconstituer une arrière garde de fortune, le Maréchal Ney voit l'officier qu'il commande se suicider après avoir eu la jambe fracassée par un boulet. Toute l'arrière garde, horrifiée, fuit précipitement.
Dans une réaction épique dont il est le seul capable,le maréchal Ney s'élance face aux milliers de cosaques, seul avec 4 hommes et seulement muni d'un fusil. Ce geste héroïque émeut les quelques fuyards français restants et ceux ci reviennent combattre auprès de leur maréchal.
Ne cédant du terrain que pas à pas, dos au fleuve niemen, Ney protège les derniers instants de la retraite.
Mais leurs souffrances touchent-elles à leur termes ? Enfin un peu de repos pour tous ces braves ?
Laissons pour une dernière fois la parole au comte de Ségur ...
Au coin du bois
Il était huit heures du soir quand il (NDLR:Ney) parvint sur la rive alliée. Alors voyant la catastrophe accomplie, Marchand repoussé jusqu'à l'entrée du pont, et la route de Vilkowisky que suivait Murat toute couverte d'ennemis, il se jeta à droite (NDLR : vers le sud), s'enfonça dans les bois, et disparut.
Murat surpris, l’ennemi hésite
Quand Murat atteignit Gumbinnen, il fut bien surpris d’y retrouver Ney, et d’apprendre que depuis Kowno, l’armée marchait sans arrière garde. Heureusement, la poursuite des Russes, après qu’ils eurent reconquis leur territoire, s’était ralentie. Ils semblèrent hésiter, sur la frontière prussienne, ne sachant s’ils entrerait en alliés ou en ennemis. Murat profita de cette incertitude pour s’arrêter plusieurs jours à Gumbinnen, et pour diriger sur les dernières villes qui bordent la Vistule, les restes des corps.
Murat réunit les chefs et parle
Au moment de cette dislocation de l’armée, il en réunit les chefs. Je ne sais quel mauvais génie l’inspira dans ce conseil. On voudrait croire que ce fut embarras, devant ces guerriers, de la précipitation de la fuite, et dépit contre l’empereur qui lui avait laissé cette responsabilité ; ou bien honte de reparaître vaincu au milieu des peuples les plus opprimés par nos victoires : mais comme ces paroles eurent un bien plus fâcheux caractère, et que de ces actions ne les ont démenties, comme enfin elles furent les premiers symptômes de sa défection, l’histoire ne peut les taire.
La peur de perdre le pouvoir
Ce guerrier, monté sur le trône par le seul droit de la Victoire, revenait vaincu. Dès ses premiers pas sur la terre conquise, il crût toute entière la sentir trembler sous lui, et sa couronne chanceler sur sa tête. Mille fois dans cette campagne, il s’était exposé aux plus grands dangers ; mais lui, qui, roi, n’avait pas craint de mourir comme un soldat d’avant-garde, ne put supporter l’appréhension de vivre sans couronne. Le voilà donc au milieu de ces chefs dont son frère lui a confié la conduite, accusant son ambition, qu’il a partagée, pour s’en absoudre.
Les oreilles de Napoléon sifflent
Il s’écrie « qu’il n’est plus possible de servir un insensé ! Qu’il n’y a plus de salut dans sa cause ; qu’aucun prince de l’Europe ne croit plus à ses paroles, ni à ses traités. Il se désespère d’avoir rejeté les propositions des Anglais ; sans cela, ajout-il, il serait encore un grand roi, tel que l’empereur d’Autriche ou le roi de Prusse. »
Davout réagit
Un cri de Davoust l’interrompit : « le roi de Prusse, l’empereur d’Autriche, lui repart-il brusquement, sont princes par la grâce de Dieu, du temps et de l’habitude des peuples. Mais vous, vous n’êtes roi que par la grâce de Napoléon et du sang français. Vous ne pouvez l’êtes que par Napoléon et en restant uni à la France. C’est une noire ingratitude qui vous aveugle ! »
Les autres se taisent
Et aussitôt il lui déclare qu’il va le dénoncer à son Empereur ; les autres chefs se turent. Ils excusèrent l’emportement de la douleur du Roi, et n’attribuaient qu’à sa fougue inconsidérée, des expressions que le haine l'esprit soupçonneux de Davoust n'avait que trop bien comprises.
Un avant goût de trahison
Murat resta décontenancé ; il se sentait coupable. Ainsi fut étouffée cette première étincelle d’une trahison, qui devait, plus tard, perdre la France. L’histoire n’en parle qu’à regret, depuis que le repentir et le malheur ont égalé le crime.
Une scénette à Gumbinnen
En complément de ce récit du comte de Ségur, citons cette petite anecdote amusante, tirée du hors série N°1 du magazine du consulat et de l’Empire, racontant l’arrivée du Maréchal Ney à Gumbinnen.
Le général Mathieu Dumas (qui n’est pas le père d’Alexandre Dumas), intendant général de la grande Armée, est avec quelques amis dans la maison d’un médecin de Gumbinnen et vient d’achever un déjeuner apprécié après tous ces malheurs La porte s’ouvre, apparaît un homme barbu, la visage noirci, les yeux rouges, dans une redingote brune, sale et déchirée.
"- Me voila enfin ! – Qui êtes-vous donc ? – Eh quoi, général Dumas, vous ne me reconnaissez pas ? J’ai tiré le dernier coup de feu sur le pont de Kowno, j’ai jeté dans le Niemen la dernière de nos armes, et je suis venu jusqu’ici à travers bois"
"Je laisse à penser, rapporte Dumas, avec quel empressement respectueux nous accueillîmes le héros de la retraite"
Merci de votre attenttion
J'aime à penser qu'avec ce feuilleton ainsi que les deux précédentes aventures de Krasnoïé et de la Bérézina, vous comprenez maintenant mieux pourquoi tous s'accordèrent à donner au maréchal Ney, le titre de héros de la retraite de Russie.
Ces trois épisodes sont certainement les plus expressifs de la bravoure que l'on concède unanimement au maréchal Ney. Mais le personnage est plus complexe qu'on aime à le dépeindre. Je projette de vous racontez prochainement de nouveaux moments épiques qui vous feront encore mieux appréhender ce personnage mythique de l'histoire de France.
Rédigé le 06/09/2006 à 21:09 dans Kowno | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Last Action Hero
Où en étions nous ? Rappelez vous : une cinquième arrière garde vient à peine d'être formée par le Maréchal Ney, quand les Russes passent à l'offensive.
A l'inverse des 400 artilleurs français, quelques 300 allemands suivent les ordres du Maréchal Ney, et se préparent à faire feu sur les Russes, lorsque leur chef reçoit un boulet qui lui fracasse la cuisse.
Le baroud d'honneur va tourner court ... Comment vont réagir les 300 derniers soldats de l'arrière garde ? Et surtout que va faire le maréchal Ney ?
La suite : maintenant, avec le comte de Ségur ...
Le destin horrible du chef artilleur allemand
Cet officier tomba, et sans hésiter, se sentant perdu, il prit froidement ses pistolets et se brûla là cervelle devant sa troupe. A ce coup de désespoir ses soldats s’effraient, s’effarent, et tous à la fois ils jettent leurs armes, et fuient éperdus.
Reflex sublime
Ney, que tout abandonne, ne s'abandonne, ni lui-même, ni son poste. Après d'inutiles efforts pour retenir ces fuyards, il ramasse leurs armes encore toutes chargées, il redevient soldat, et, lui cinquième, il fait face à des milliers de Russes.
Le bon exemple
Son audace les arrêta; elle fit rougir quelques artilleurs, qui imitèrent leur maréchal; elle donna à l'aide de camp Hermès et au général Gérard le temps de ramasser trente soldats de faire avancer deux à trois pièces légères, et aux généraux Ledru et Marchand, celui de réunir le seul bataillon qui restait.
Ney envoie marchand sur l’autre front
Mais en ce moment éclate, au-delà du Niémen et vers le pont de Kowno, la seconde attaque des Russes: il était deux heures et demie. Ney envoie Marchand et ses quatre cents hommes pour reprendre et assurer ce passage.
Et reste seul avec trente hommes
Pour lui, sans lâcher prise, sans s'inquiéter d’avantage de ce qui se prépare derrière lui, il combat à la tête de trente hommes, et se maintient jusqu'à la nuit à la porte qui ouvre vers Wilna.
Il recule pas à pas
Alors il traverse Kowno et le Niémen toujours en combattant, reculant et ne fuyant pas, marchant après tous les autres, soutenant jusqu'au dernier moment l'honneur de nos armes, et pour la centième fois, depuis quarante jours et quarante nuits, sacrifiant sa vie et sa liberté pour sauver quelques Français de plus.
Tout tourne en gloire
Il sort enfin le dernier de la grande armée de cette fatale Russie, montrant au monde l'impuissance de la fortune contre les grands courages, et que pour les héros tout tourne en gloire, même les plus grands désastres.
Le fleuve symbolique de la frontière Russo-polonaise est maitenant franchi.
Mais cela signifie t-il pour autant la fin des souffrances pour tous ? Un peu de repos peut être pour tous ces hommes et notamment pour la Maréchal Ney ?
Vous saurez cela en lisant le prochain et dernier épisode du miracle de Kowno intitulé "Après Kowno".
A bientôt
Rédigé le 29/08/2006 à 20:56 dans Kowno | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
La dernière séance

Quels sont donc ces faits, tellement merveilleux qui se déroulèrent à Kowno le 13 décembre 1812 ?
Il n'y a plus d'arrière garde depuis Evé, et à vrai dire il n'y a plus rien du tout, tant la débandade est totale. Heureusement, plus aucune nouvelle de l'armée russe depuis la perte de l'arrière garde.
Nul doute que cette situation, ne sera pas sans excéder le Marécha Ney...
La comte de Ségur raconte ...
Une cinquième arrière-garde ?
Tout fuyait, et Murat lui-même, traversant Kowno comme Wilna, donnait puis retirait l'ordre de se rallier à Tilsit, et se décidait ensuite pour Gumbinnen. Ney entre alors dans Kowno, seul avec aides de camp, car tout a cédé ou succombé autour de lui. Depuis Viazma, c'est la quatrième arrière-garde qui s'use et qui se fond entre ses mains. Mais l'hiver et la famine, plus encore que les Russes, les ont détruites. Pour la quatrième fois il est resté seul devant l'ennemi, et toujours inébranlable, il cherche une cinquième arrière-garde.
300 allemands et 400 artilleurs français.
Ce maréchal trouve dans Kowno une compagnie d'artillerie. Trois cents Allemands qui en formaient la garnison et le général Marchand avec quatre cents hommes; il en prend le commandement. Et d'abord il parcourt la ville pour reconnaître sa position et rallier encore quelques forces; il n'y trouve que des malades et des blessés qui s'essaient, en pleurant, à suivre notre déroute. Pour la huitième fois depuis Moscou, il a fallu les abandonner en masse dans leurs hôpitaux, comme on les a abandonnés en détail sur toute la route, sur tous nos champs de bataille et à tous nos bivouacs.
Et rien d’autre
Plusieurs milliers de soldats couvrent la place et les rues environnantes, mais ils y sont étendus raides devant des magasins d'eau-de-vie qu'ils ont enfoncés, et où ils ont puisé la mort en croyant y trouver la vie. Voilà les seuls secours que lui a laissés Murat. Ney se voit seul en Russie avec sept cents recrues étrangères. A Kowno, comme après les désastres de Viazma, de Smolensk, de la Bérézina et de Wilna, c'est encore à lui qu'on a confié l'honneur de nos armes et tout le péril du dernier pas de notre retraite; il l'accepte.
L’attaque des Russes
Le 14, au point du jour, l'attaque des Russes commence. Pendant qu'une de leurs colonnes se présente brusquement par la route de Wilna, une autre passe le Niémen sur la glace, au-dessus de la ville, prend pied sur les terres prussiennes, et toute fière d'avoir la première franchi sa frontière, elle marche au pont de Kowno, pour fermer à Ney cette issue, et lui couper toute retraite.
Des canons facilement encloués
Les premiers coups se firent entendre à la porte de Wilna; Ney y court, il veut éloigner le canon de Platof avec les siens, mais déjà il trouve ses pièces enclouées et ses artilleurs en fuite! Furieux, il s'élance, l'épée haute, sur l'officier qui les commande et il l'eût tué sans son aide de camp, qui para le coup, et protégea la fuite de ce malheureux.
La nouvelle arrière-garde se met en place
Ney appelle alors son infanterie; mais sur les deux faibles bataillons qui la composaient, un seul avait pris les armes; c'étaient les trois cents Allemands de la garnison. Il les place, il les exhorte, et, l'ennemi s'approchant, il allait leur commander le feu, quand un boulet russe écrêtant la palissade, vint casser la cuisse de leur chef.
Pas de chance. Une cinquième arrière garde à peine formée par le Maréchal Ney, les Russes passent à l'offensive. Et pour comble de poisse, le chef des 300 allemands subit cette horrible mutilation. Comment vont réagir les 300 allemands ? La nouvelle arrière garde va t-elle tenir ? Il y aurait pourtant de quoi baisser les bras !
Vous en saurez plus en lisant le prochain épisode du "Baroud d’honneur de Kowno ", intitulé "Last Action Hero".
Rédigé le 22/08/2006 à 21:13 dans Kowno | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Souviens toi, l'été dernier
La grande armée arrive à Kowno. A l'horizon, les soldats peuvent apercevoir la frontière Russo-polonaise. Il n'y a plus d'arrière garde depuis Evé. Mais, l'armée française pourra t-elle s'en passer ?
Voici aujourd'hui un épisode nostagique, où s'affrontent les souvenirs de la splendeur passée et la trop réelle déchéance. Mais au milieu de tant de malheurs, un roc, une icône, reste inaltérable ... le maréchal Ney.
Le comte de Ségur raconte ...
La Pologne tant attendue
Enfin, le 13 décembre après avoir marché quarante-six jours sous un joug terrible, on revoyait une terrible amie.
Aussitôt, sans s'arrêter sans regarder derrière eux la, plupart s'enfoncèrent et se dispersèrent dans les forêts de la Prusse polonaise. Mais il y en eut qui parvenus sur la rive alliée, se retournèrent. Là, jetant un dernier regard sur cette terre de douleur d'où ils s'échappaient, quand ils se virent à cette même place d'où cinq mois plus tôt, leurs innombrables aigles s'étaient élancées victorieuses, on dit que des larmes coulèrent de leurs yeux, et qu'il y eut des cris de douleurs.
Des vieux souvenirs pourtant récents…
C'était donc là cette rive qu'ils avaient hérissée de leurs baïonnettes ! Cette terre alliée, qui, disparaissant. Il n'y avait que cinq mois, sous les pas de leur immense armée réunie, leur avait alors paru comme métamorphosée en vallées et en collines toutes mouvantes d'hommes et de chevaux. Voilà ces mêmes vallons d'où sertirent aux rayons d'un soleil brûlant, ces trois longues colonnes de dragons et de cuirassiers et semblables à trois fleuves de fer et d'airain étincelants.
… plus le même fleuve
Eh bien! Hommes, armes, aigles, chevaux, le soleil même, et jusqu'à ce fleuve frontière qu'ils avaient traversé pleins d'ardeur et d'espoir, tout a disparu.
Le Niémen n’est plus qu'une longue masse de glaçons surpris et enchaînés les uns sur les autres par les redoublements de l'hiver.
… plus les mêmes ponts
A la place de ces trois ponts français, apportés de cinq cents lieues, et jetés avec une si audacieuse promptitude, un pont russe est seul debout.
… plus les mêmes hommes
Enfin, au lieu de ces innombrables guerriers, de leurs quatre cent mille compagnons, tant de fois vainqueurs avec eux et qui s'étaient élancés avec tant de joie et d'orgueil sur la terre des Russes, ils ne voient sortir de ces déserts pâles et glacés, qu'un millier de fantassins et de cavaliers encore armés, neuf canons et vingt mille malheureux couverts de haillons , la tête basse, les yeux éteints, la figure terreuse et livide, la barbe longue et hérissée de frimas , les uns se disputant en silence l'étroit passage du pont, qui, malgré leur petit nombre, ne peut suffire à l'empressement de leur déroute; les autres fuyant dispersés sur les aspérités du fleuve, s'efforçant, se traînant de pointes de glace en pointes de glace et c'était là toute la grande armée!
Encore beaucoup de ces fuyards étaient-ils des recrues qui venaient de la rejoindre.
Une Jet Set au rabais…
Deux rois, un prince, huit maréchaux suivis de quelques officiers, des généraux à pied, dispersés et sans aucune suite; enfin, quelques centaines d'hommes de la vieille garde encore armés, étaient ses restes : eux seuls la représentaient.
…Et un prince de Fer
Ou plutôt elle respirait encore tout entière dans le maréchal Ney. Compagnons! alliés! Ennemis! J’invoque ici votre témoignage; rendons à la mémoire d'un héros malheureux l'hommage qui lui est dû. : les faits suffiront…
Vite, vite ! Quels sont donc ces faits, tellement merveilleux que le comte de Ségur en appelle même au temoignage des ennemis ? Que s'est-il passé dans Kowno ? Nul doute que le maréchal Ney, n'est pas resté les bras croisés dans sa nouvelle condition de trainard.
Vous en saurez plus en lisant le prochain épisode du "Baroud d’honneur de Kowno ", intitulé "La dernière séance".
Rédigé le 04/08/2006 à 23:17 dans Kowno | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Chaud derrière !
Depuis cette fameuse nuit à quelques encâblures du village d'Evé, l'arrière garde n'existe plus. Deux officiers supérieurs, et des plus prestigieux, puisqu'il s'agit du maréchal Ney et du général De Wrede, se retrouvent seuls à l'arrière.
L'armée russe a tout loisir de faire une jolie et prestigieuse capture, et de plus, l'armée française est maintenant privée de son bouclier salvateur.
Le comte de Ségur connaît les réponses. Laissons lui la parole pour lever ce mystère, et dissiper notre inquiétude ...
Engourdissement et pitié
Heureusement la rigueur du froid, qui venait d'achever le découragement des nôtres, avait engourdi l'ennemi. Ney regagna avec peine sa colonne. Il n'y vit plus que des fuyards, quelques Cosaks les chassaient devant eux, sans chercher à les prendre ni à les tuer; soit pitié, car on se fatigue de tout; soit que l'énormité de nos misères eût épouvanté les Russes eux-mêmes, et qu'ils se crussent trop vengés, car beaucoup se montrèrent généreux, soit, enfin, qu'ils fussent rassasiés et appesantis de butin. Peut-être encore, dans l'obscurité, ne s'aperçurent-ils pas qu'ils n'avaient affaire qu'à des hommes désarmés.
Un imbroglio hivernal
L'hiver, ce terrible allié des Moscovites, leur avait vendu cher son secours. Leur désordre poursuivait notre désordre. Nous revîmes des prisonniers qui plusieurs fois avaient échappé à leurs mains et à leurs regards glacés. Ils avaient d'abord marché au milieu de leur colonne traînante, sans en être remarqués.
Un cache-cache étonnant
Il y en eut, alors qui saisissant un moment favorable, osèrent attaquer des soldats russes isolés, et leur arracher leurs vivres, leurs uniformes, et jusqu'à leurs armes, dont ils se couvrirent. Sous ce déguisement; ils se mêlèrent à leurs vainqueurs; et telle était la désorganisation, la stupide insouciance et l'engourdissement où cette armée était tombée, que ces prisonniers marchèrent un mois entier au milieu d'elle sans en être reconnus. Les cent vingt mille hommes de Kutusof étaient alors réduits à trente-cinq mille.
La prime au moins pire …
Des cinquante mille Russes de Wittgenstein; il en restait à peine quinze mille. Wilson assure que sur un renfort de dix mille hommes, partis de l'intérieur de la Russie avec toutes les précautions qu'ils savent prendre contre I’hiver, il n'en arriva à Wilna que dix-sept cents. Mais une tête que colonne suffisait contre nos soldats désarmés.
Ney en traînard forcé
Ney chercha vainement à en rallier quelques-uns, et lui, qui jusque-là avait commandé presque seul à la déroute, fut obligé de le suivre.
Il arriva avec elle à Kowno. C'était la dernière ville de l'empire russe.
Voici donc enfin cette fameuse ville de Kowno qui donne son nom au feuilleton. Le maréchal Ney est sain et sauf, même s'il dût, lui aussi, jouer le rôle de trainard pendant ces deux jours.
La frontière polonaise se trouve à quelques metres après cette ville frontière qu'est Kowno.
Mais nul doute que les russes ne laisserons pas aussi facilement, les français leur glisser entre les doigts...
Vous en saurez plus en lisant le prochain épisode du "Baroud d’honneur de Kowno ", intitulé "Souviens toi l'été dernier".
Rédigé le 30/07/2006 à 22:11 dans Kowno | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Demandez le programme
Nous avions laissé la grande armée en piteuse, mais néanmoins miraculeuse situation.
Du 26 au 28 novembre le passage de la Bérézina s’est effectué au prix du sacrifice de beaucoup de civils et de traînards. Beaucoup de courage et de belles actions militaires permirent à l’armée française de se faufiler par delà ce fleuve, sur des ponts de fortune.
Le troisième corps d’armée, joint au deuxième, est conduit par le maréchal Ney. Ces deux corps suivent la garde. Et à contrecœur, c’est Victor et son neuvième corps qui est chargé de l’arrière garde.
Le 5 décembre, Napoléon quitte l’armée à Smogorni pour rentrer au plus vite à Paris. En effet, quelques jours auparavant, l’Empereur avait appris la conspiration du général Malet (NDLR : un putch raté à Paris), en découvrant sur son parcours, une berline éventrée remplie de courrier et de journaux français. L’empereur avant de partir en traîneau vers Paris, confie l’armée à son beau frère, le Roi Murat. Décision familiale, mais regrettable a posteriori.
Le 8 décembre, l’armée arrive à Wilna en Pologne (NDLR : maintenant Vilnius, en Lituanie). La ville est intacte et contient des ressources immenses, mais la désorganisation et l’hostilité de certains habitants, ne permettent pas à l’armée française de se requinquer.
Ney reprend ensuite l’organisation de l’arrière garde. Au sortir de Wilna, la côte de Ponari (ou Ponory) gelée, oblige à abandonner les dernières voitures et les quelques rares canons restants.
Nous voici donc prêts à nous immerger pleinement dans le récit de ce nouveau feuilleton, qui comme d’habitude, est emprunté au livre du comte de Ségur : "Histoire de Napoléon et de la grande armée pendant l’année 1812" …
La côte de Ponari
Cette catastrophe de Ponari fut d’autant plus honteuse qu’elle était facile à prévoir ; et encore plus facile à éviter ; car on pouvait tourner Ponari par ses cotés. Nos débris servirent du moins à arrêter les Cosaks.
Trente sept jours et trente sept nuits
Tandis qu’ils ramassèrent cette proie, Ney avec quelques centaines de Français et de Bavarois, soutint la retraite jusqu'à Evé. Comme ce fut son dernier effort, il faut indiquer sa méthode de retraite, celle qu'il suivait depuis Viazma, depuis le 5 novembre, depuis trente-sept jours et trente-sept nuits.
Le programme des réjouissances
Chaque jour, à cinq heures du soir, il prenait position, arrêtait les Russes, laissait ses soldats manger, se reposer, et repartait à dix heures. Pendant toute la nuit, il poussait devant lui la foule des traîneurs à force de cris, de prières et de coups. Au point du jour, vers sept heures, il s'arrêtait, reprenait position, et se reposait sur les armes et en garde jusqu'à dix heures du matin : alors reparaissait l'ennemi, et il fallait batailler jusqu'au soir, en gagnant en arrière le plus où le moins de terrain possible. Ce fut d'abord suivant l'ordre général de la marche, et plus tard, suivant les circonstances.
Comme un peau de chagrin
Car, depuis longtemps, cette arrière-garde n'était que de deux mille hommes, puis de mille, ensuite d'environ cinq cents, enfin de soixante hommes; et cependant Berthier (NDLR :chef d’état major), soit calcul, soit routine, n'avait rien changé à ses formes. C'était toujours à un corps de trente-cinq mille hommes qu'il s'adressait; il détaillait imperturbablement dans ses instructions toutes les différentes positions que devaient prendre et garder jusqu'au lendemain des divisions et des régiments qui n'existaient plus. Et chaque nuit, quand sur les avis pressants de Ney il fallait qu'il allât réveiller le roi (NDLR : le maréchal Murat) pour l'obliger à se remettre en route, il marquait le même étonnement.
Une arrière garde à 2 ?
Ce fut ainsi que Ney soutint la retraite depuis Viazma jusqu'à quelques werstes au-delà d'Évé. Là, suivant son usage, ce maréchal avait arrêté les Russes, et donnait au repos les premières heures de la nuit, quand, vers dix heures du soir, lui et de Wrède s'aperçurent qu'ils étaient restés seuls. Leurs soldats les avaient quittés ainsi que leurs armes, qu'on voyait briller en faisceaux près dé leurs feux abandonnés.
Que vont faire nos deux derniers mohicans de l’arrière garde ? La retraite n’est plus protégée, et surtout ces deux officiers prestigieux, sont maintenant esseulés et donc en situation très périlleuse.
La suite des événements vous sera contée dans le prochain épisode du "Baroud d’honneur de Kowno ", intitulé "Chaud derrière !"
Rédigé le 26/07/2006 à 00:58 dans Kowno | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
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