Voici un petit "pot pourri" de quelques réflexions et observations du sergent Bourgogne au sujet du Maréchal Ney. Elles sont toujours extraites de ce très bon livre que je vous encourage a lire : " Mémoires du sergent Bourgogne".
L'officier Prinier
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Je continuais à marcher péniblement. Je vis venir à moi un officier de la Jeune Garde très bien habillé, bien portant, que je reconnus de suite. Il se nommait Prinier; c'était un de mes amis, passé officier depuis huit mois. Surpris de le voir aller du coté d'ou nous venions, je lui demandais, en l'appelant par son nom, ou il allait: il me demanda a son tour qui j'étais. A cette sortie inattendue faite par un camarade avec lequel j'avais été dans le même régiment pendant cinq ans, et sous-officier comme lui, je ne pus m'empêcher de pleurer, en voyant que c'était parce que j'étais changé et misérable qu'il ne me reconnaissait pas. Mais, un instant après: "Comment, mon cher ami, c'est toi! Comme te voila malheureux!" En disant cela, il me présenta une gourde pendue à son coté, dans laquelle il y avait du vin, en me disant: "Bois un coup!" et, comme je n'avais qu'une main de libre, le brave Prinier me soutenait de la main gauche et, de l'autre, me versait le vin dans la bouche.
Je lui demandai s'il n'avait pas rencontré les débris de l'armée; il me dit que non, qu'ayant été logé, la nuit dernière, dans un moulin éloigné de la route d'un quart de lieue, il était très probable que la colonne était passée pendant ce temps, mais qu'il en avait vu de tristes traces par quelques cadavres aperçus sur son chemin; que ce n'était que depuis hier qu'il savait, mais d'une manière encore bien vague, les désastres que nous avions éprouvés; qu'il allait rejoindre l'armée, comme il en avait l'ordre: "Mais il n'y en a plus d'armée!--Et les coups de feu que j'entends?--Ce sont ceux de l'arrière-garde, commandée par le maréchal Ney.--Dans ce cas, me répondit-il, je vais rejoindre l'arrière-garde."
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Les pieds de l'arrière-garde
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Il pouvait être midi lorsque je proposais de nous arrêter dans un village que nous apercevions devant nous. Nous entrâmes dans une maison veuve de ses habitants; nous y trouvâmes trois malheureux soldats qui nous dirent que, ne pouvant aller plus loin, ils avaient résolu d'y mourir. Nous leur fîmes des observations sur le sort qui les attendait, lorsqu'ils seraient au pouvoir des Russes. Pour toute réponse, ils nous montrèrent leurs pieds; rien de plus effrayant à voir: plus de la moitié des doigts leur manquaient, et le reste était près de tomber. La couleur de leurs pieds était bleue et, pour ainsi dire, en putréfaction. Ils appartenaient au corps du maréchal Ney. Peut-être, lorsqu'il aura passé, quelque temps après, les aura-t-il sauvés.
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Les coups de canons
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Pendant que nous étions occupés à cette besogne, plusieurs coups de canon se firent entendre dans la direction d'ou nous venions. Regardant aussitôt de ce coté, j'aperçus une masse de plus de dix mille traîneurs de toutes armes, en désordre sur toute la largeur de la route. Derrière eux marchait l'arrière-garde. Depuis, j'ai pensé que le maréchal Ney faisait quelquefois tirer le canon afin de faire croire a tous ces malheureux que les Russes étaient près de nous et, par ce moyen, leur faire accélérer le pas, pour, le même jour, gagner Kowno. C'était une partie des débris de la Grande Armée.
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